- Accueil
- International Programme
- Publications
- Colloques
- Séminaires
- Blog
- Prix du Jeune Auteur
- IJATM
Baisse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, quels impacts pour l’automobile
Soumis par administrateur le 19 sept. 2024 - 23:00
La chronique hébdomadaire de Bernard Jullien Ancien directeur du Gerpisa, maître de conférences en économie à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.
Parmi les nombreuses conséquences de la pandémie de Covid19, des confinements et des ruptures dans les chaînes d’approvisionnements, l’inflation est certainement la plus notable par les ménages. La Réserve fédérale américaine a entrepris plusieurs augmentations des taux d’intérêt afin de ralentir la demande et de juguler la hausse des prix. Ce mercredi, la Réserve fédérale a décidé de commencer à baisser les taux d’un demi-point. La question est maintenant de savoir comment l’automobile peut profiter de ce changement.
Depuis le marché de l’immobilier, des transferts de sociétés et jusqu’aux achats de voitures, les taux d’intérêt rythment la vie des Américains.
Pour l’immobilier, les taux d’intérêt élevés ont un double impact. Premièrement, le prix d’achat d’une maison est plus élevé du fait de prêts particulièrement coûteux. Deuxièmement, la dynamique d’un marché au ralenti entraine une stagnation des prix puisque les vendeurs qui doivent retrouver un bien font face à des niveaux de prix élevés ce qui limite le potentiel pour les futurs acheteurs. En même temps, les Américains bénéficient de plusieurs avantages dont le refinancement de leur prêt immobilier à intervalles réguliers ainsi qu’un genre de prêts hypothécaires pour financer des extensions à leur maison ou simplement acheter une voiture.
Ensuite, pour les entreprises et les fonds d’investissement, la baisse des taux d’intérêt permet des acquisitions d’entreprises plus fréquentes ou bien à des prix plus élevés. C’est un pan important de l’économie américaine. Enfin, la baisse du loyer de l’argent, c’est aussi un accès plus facile ou moins coûteux à l’achat ou au leasing. Le marché automobile a accueilli la nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme.
Libération douce du marché automobile
Les perspectives pour le marché automobile ne sont pas au beau fixe en ce moment. Le ralentissement de l’adoption des véhicules électriques et la hausse des prix de l’automobile provoquent un coup de frein en cette fin d’année 2024. Les volumes de production pour 2025 pourraient être en très légère baisse. En Europe, ce sont les prix et la fiscalité (et indirectement les normes d’émissions) plus que les taux qui brident le marché. En Amérique du Nord, les taux d’intérêt élevés en font également une des raisons du ralentissement du marché.
Pour bien comprendre la mécanique de la chose, il faut savoir que les prévisions de marchés se basent sur six principaux indicateurs. Le PIB, donc la croissance, est le premier facteur de demande. Viennent ensuite la hausse des revenus, le taux d’épargne des ménages, le taux de chômage, l’inflation et enfin les taux d’intérêt. D’autres facteurs entrent en ligne de compte mais sont plutôt mineurs. En matière d’automobile, la fiscalité, particulièrement en Europe, entre en ligne de compte dans l’inflation automobile. Songez que, sur le vieux continent, l’automobile a vu ses prix augmenter de plus de 18% entre 2020 et 2023 alors que les salaires n’ont augmenté que de 8% environ.
Aux Etats-Unis, le marché est ralenti par la concomitance d’un marché qui cherche à s’électrifier sous l’effet des introductions nombreuses de VEB (véhicules électriques à batteries) et d’un reliquat de politique de maintien des marges des constructeurs à travers un certain favoritisme pour les modèles plus grands ou les finitions hautes qui tient le marché à distance de certains ménages. Enfin, certains constructeurs comme Stellantis n’ont pas suffisamment renouvelé leurs modèles pour conserver une certaine dynamique de ventes. Il en résulte un certain attentisme des consommateurs, d’autant que nombre d’entre eux sont sortis des cycles de renouvellement de leur leasing en achetant leur véhicule lorsque les prix étaient particulièrement élevés durant les deux ans qui ont suivi le Covid.
La baisse d’un demi-point des taux d’intérêts n’est pas suffisante pour donner un vrai coup de fouet au marché automobile mais le gouvernement pourrait procéder à d’autres baisses d’ici la fin de l’année et cela s’inscrit dans une dynamique de hausse de la demande. Les prêts à l’achat et les leasings pourraient augmenter en nombre au fil des mois qui viennent, particulièrement avec les objectifs de fin d’année pour les concessionnaires qui seraient davantage enclins à octroyer des conditions d’acquisition plus favorables aux consommateurs. Au-delà des grandes banques et des captives, de nombreuses plaques (groupes de concessionnaires) disposent de leur propre organisme de crédit. Pour eux, une baisse des loyers de l’argent est de nature à doper les capacités de financement.
Et au-delà pour l’industrie
Au-delà des consommateurs, l’industrie peut également bénéficier de cette première baisse des taux dans le cadre du financement de projets d’usines et de modèles. Sous l’effet de l’Inflation Reduction Act, de nombreux constructeurs ont investi dans des usines de fabrication de batteries et d’assemblages de BEV. Un demi-point n’est pas de nature à révolutionner les comptes et les résultats pour les constructeurs mais c’est un premier pas encourageant qui peut apporter des avantages dans la nécessité de relancer les gammes avec des nouveaux projets d’hybrides. Par ailleurs, les trois constructeurs de Détroit ont subi la hausse des salaires suite aux nouveaux contrats négociés par l’UAW en 2023. Un problème auquel Volkswagen sera confronté très prochainement puisque l’UAW s’installe dans son usine de Chattanooga dans le Tennessee. Dans ce contexte, l’impact financier d’une baisse des taux d’intérêts est plus que bienvenue.
Cela peut également dynamiser les investissements dans de nouvelles technologies ou, au contraire, faciliter le détourage (carve-out en anglais) de certaines activités qui prendront plus facilement preneur auprès des fonds d’investissements (les PE firms, ou Private Equity). Depuis 2022, la dynamique d’achats et de ventes des PE firms tourne au ralenti. Dans le même temps, la fin de l’enthousiasme des marchés financiers pour les mobilités au sens large a freiné les introductions en Bourse d’activités nouvelles. Une baisse des taux d’intérêt peut encourager les constructeurs et les équipementiers à générer du cash en se séparant de certaines activités qui trouveront plus facilement preneurs, particulièrement au sein de l’univers des fonds d’investissements. Mais cette dynamique là va prendre du temps pour retrouver des couleurs.
Enfin, une hausse du nombre de changements de mains est également attendue du côté des concessionnaires. Les consolidations sont nombreuses et la dynamique pourrait s’accélérer dès l’année prochaine.
D’autres baisses en perspective
La Fed (autre nom de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine) n’a pas encore fait d’annonce officielle mais deux autres baisses des taux d’intérêts sont attendues d’ici la fin de l’année, l’une en novembre et l’autre potentiellement en décembre. Pour le moment, l’annonce de ce mercredi a suffi pour redonner le sourire aux investisseurs et aux industriels.
Pour les consommateurs, c’est une bonne nouvelle à l’heure où les taux d’intérêt dépassent 7% en moyenne pour les véhicules neufs et plus de 11% pour les véhicules d’occasion. Nous sommes loin des 4,5% et 8%, respectivement pour les véhicules neufs et d’occasions, fréquents en 2022, mais c’est très encourageant. Cela ne changera pas nécessairement la baisse dans l’adoption des BEV puisque, outre des tarifs élevés, les véhicules électriques souffrent de technologies toujours inabordables et de contraintes d’utilisation liées au temps de rechargement et à l’absence de réseaux de rechargement en quantité suffisante. Mais pour ceux, comme Stellantis, qui souffrent d’inventaires en hausse, ce coup de pouce des taux d’intérêt pourrait alléger le coût des offres commerciales à consentir pour déstocker.
La chronique de Bernard Jullien est aussi sur www.autoactu.com.
Connexion utilisateur
Navigation
Agenda
|
Journée du Gerpisa
Jeudi, 12 Février, 2026 - 14:00 - 16:00
|
|
Journée du Gerpisa
Vendredi, 13 Février, 2026 - 14:00 - 16:00
|
|
Journée du Gerpisa
Vendredi, 13 Mars, 2026 - 14:00 - 16:00
|
|
Journée du Gerpisa
Vendredi, 10 Avril, 2026 - 09:00 - 17:00
|
|
Colloque du Gerpisa
Lundi, 15 Juin, 2026 - 08:00 - Jeudi, 18 Juin, 2026 - 18:00
|

